Peut-on revoir ses critères de réussite à 40 ans ?

Oui, et c’est souvent souhaitable.

Pendant longtemps, notre objectif de réussite semble animé par cette question implicite : jusqu’où suis-je capable d’aller ?

Nous construisons une carrière, une famille, une place dans la société, une réputation, une stabilité financière. Nous accumulons des expériences, des responsabilités, cherchons à cumuler des signes de reconnaissance.

Ces années sont animées par un moteur puissant : la performance.

Faire plus, mieux, (se) prouver que l’on est capable, ne pas faiblir, ne pas perdre de terrain dans la course dans laquelle tous, autour de nous, semblent impliqués.

Autour de quarante ans, quelque chose se met à changer. Pas forcément sous l’effet d’un drame ou d’un effondrement, la vie continue, le travail se poursuit, la famille s’agrandit, si on a de la chance, les parents sont encore là, les projets existent et les vacances, Dieu merci, sont là pour souffler.

Mais avez-vous senti qu’il y avait désormais un “mais” ?

Ce qui nous portait jusque-là ne produit plus les mêmes effets, la réussite ne nous procure plus la même intensité de satisfaction. L’efficacité n’apaise pas, elle soulage un stress. Le mouvement permanent ne suffit plus à masquer les questions qu’on a cachées sous nos tapis.

Récemment, dans l’épisode de La Vie devant soi que j’ai enregistré avec Carole Tolila, cette bascule apparaît nettement. Elle raconte avoir passé une partie de sa vie à courir, à remplir, à atteindre, à contourner les obstacles. Mais arrivée à quarante ans, elle comprend que ce système ne suffira pas pour la suite.

Ce constat est fréquent chez les personnes que j’accompagne, qui sans être malheureuses, sans vouloir tout quitter, sentent que les critères qui ont organisé leur première partie de vie ne peuvent plus rester leurs repères principaux pour la deuxième moitié.

La performance est-elle devenue votre identité ?

Si elle n’est plus seulement une manière de travailler mais une manière de vous définir, comme celle qui tient, qui trouve toujours une solution, qui avance et ne renonce jamais…

Si ces sont devenues un piège à force de vous caractériser…

Si c’est ce qu’on attend de vous, vous empêchant de poser le bouclier et l‘épée…

Bien sûr, cela permet de traverser des périodes exigeantes, de bâtir une carrière, de prendre des responsabilités, de soutenir une famille.

Mais vous empêchent-elle de vous demander ce qui vous convient vraiment ?

Les personnes performantes savent très bien répondre aux attentes, mais beaucoup moins reconnaître leurs propres besoins.

Elles avancent vite, en oubliant parfois de s’interroger sur le bien fondé de la direction. Elles savent se dépasser, mais peinent aussi à sentir leurs limites.

La crise de la quarantaine n’est pas toujours une crise

Et si c’était plutôt une réévaluation ?

On commence à mesurer le temps écoulé, on prend conscience que tout ne pourra pas être vécu.

Certaines possibilités se ferment et d’autres deviennent urgentes, essentielles.

Nous découvrons aussi que ce que nous avons construit ne nous protège ni de la fragilité, ni de la perte, ni du vieillissement. Cette conscience de la finitude peut produire deux réactions :

  • Elle peut nourrir notre anxiété;

  • Ou nous rendre plus attentifs à la vie.

Ces deux mouvements coexistent en nous. Le travail intérieur ne consiste pas à supprimer cette contradiction, mais la résoudre peu à peu en plaçant au-dessus ce qui fait vraiment sens.

Devenir mère et perdre ses anciens repères

L’un des passages les plus forts de cette conversation concerne la première année de maternité.

Carole raconte qu’elle voulait que rien ne change : rester libre, continuer à travailler, voir ses amis, préserver sa vie d’avant; et cette réaction n’est ni égoïste ni anormale.

Elle dit l’ampleur du bouleversement identitaire que représente la maternité : une femme ne devient pas seulement responsable d’un enfant; elle doit réorganiser sa tête, son temps, son couple, son corps, sa carrière, ses priorités et la perception qu’elle a d’elle-même.

Cette transformation survient dans un état de fatigue extrême, sans préparation réelle et sous le poids d’un imaginaire maternel très exigeant. Alors quand la réalité ne colle pas à cette image, la mère ne remet pas souvent le modèle en question. C’est elle, qu’elle remet en question.

Trouver sa place sans renoncer à être vue

Carole évoque également une tension très intéressante entre besoin d’être vue, et envie de valoriser les autres. Elle cherche à exister dans la lumière, sans écraser quiconque.

Beaucoup de femmes ont appris que vouloir être reconnue était suspect. Elles aspirent à être reconnues compétentes, mais ont parfois du mal à être visibles. Elles sont ambitieuses, à condition de rester modestes. Présentes, mais jamais dominantes. Elles cherchent à réussir sans avoir l’air de le vouloir.

Cette contradiction intérieure peut coûter cher. Assumer son désir d’être vue ne signifie pas prendre toute la place. Cela signifie reconnaître qu’une part de soi a besoin d’exister aux yeux des autres, et qu’on peut l’assouvir en lui donnant une forme juste.

Les réseaux sociaux et la multiplication des vies possibles

L’épisode aborde aussi un phénomène très contemporain : l’exposition permanente aux existences des autres :

  • Une femme se lève à 5 H pour lire et écrire.

  • Une autre fait du sport tous les jours.

  • Une autre entreprend.

  • Une autre cuisine parfaitement.

  • Une autre voyage.

  • Une autre semble calme, structurée, disponible, belle, cultivée, performante et heureuse.

Ces images multiplient les versions de nous-mêmes que nous pourrions croire devoir devenir.

Savons-nous encore bien distinguer l’inspiration de l’injonction ? Passons nos aspirations à l’épreuve du sens :

  • Me lever à 5 H chaque matin, pour lire, écire, méditer ou faire du sport, est-ce réellement important pour moi ?

  • Est-ce cohérent avec mon rythme ?

  • Est-ce fidèle à mes valeurs ?

  • Est-ce que cela me renforce ou suis-je simplement attirée par une belle vitrine ?

La paix intérieure n’arrive pas par hasard

Carole comprend au cours de l’échange qu’elle n’a jamais réellement fait de la paix intérieure une priorité. En cherchant la performance, le dépassement, le mouvement, l’intensité, elle a obtenu m’intensité que ces choix produisent.

Mais la paix ne peut pas être la conséquence automatique d’une vie entièrement organisée autour de la performance.

Si on veut développer davantage d’ancrage, il faut en faire un critère, un essentiel, ce qui suppose de se demander :

  • ce qui mérite réellement mon énergie,

  • quel rythme me convient,

  • quelles décisions renforcent cet axe,

  • ce que l’on continue à faire par habitude, loyauté ou peur du vide,

  • la place que l’on veut donner à la douceur…

La sérénité n’est pas un état qui survient une fois que tout est réglé. Elle résulte de choix répétés.

Devenir soi demande donc de faire évoluer nos critères

Nous arrivons au milieu de notre vie avec une question nouvelle : ma manière de réussir me permet-elle encore de vivre comme je le souhaite ?

Devenir soi ne consiste pas à abandonner tout ce que l’on a construit mais d’interroger les critères à partir desquels on avance, vit et décide.

Moins de preuves à faire libère du temps et de l’espace pour plus de discernement.

Moins de comparaison permet plus d’écoute.

Moins de conformité offre la liberté d’une plus grande fidélité à ce qui compte réellement.

Le passage de la performance à la paix n’est pas un renoncement : c’est une autre définition de la réussite.

L’épisode complet est ici.

Au cœur de mon travail en logothérapie et en coaching existentiel, il y a l’intention de permettre à chacun de trouver un discernement solide pour construire une vie fidèle à ce qui est sensé, essentiel.

Lors de vos séjours individuels ou pendant les retraites, vous vous mettez à l’écoute des parts en vous et apprenez à les reconnaître. A écouter vos peurs, mais à ne plus vous laisser gouverner par elles. Vos vies commencent à se transformer à partir de là.

Pour approfondir : emiliebriand@maisondesens.com ou au 06.07.53.15.16

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