Devenir quelqu’un ou devenir soi-même ?

Quand la réconciliation avec soi semble plus souhaitable que l’ascension…

Crédit photo : Lucille Reynaud

Après 40 ans, les femmes ne cherchent plus à devenir quelqu'un. Elles cherchent à devenir elles-mêmes.

Ma pratique professionnelle me permet d'écouter des femmes chaque jour. La plupart ont entre 40 et 55 ans. Et si leurs histoires sont toutes différentes, j'observe chez beaucoup d'entre elles un même mouvement. À partir de 40 ans, elles ne cherchent plus seulement à devenir quelqu'un. Elles cherchent à devenir elles-mêmes.

Pendant des années, la vie ressemble à une ascension.

La trentaine est souvent l'âge de la construction. Il faut trouver sa place, bâtir une carrière, gagner sa vie, rencontrer l'amour, fonder une famille parfois. Nous accumulons les expériences, les compétences, les responsabilités.

Nous construisons une vie et une identité autour de rôles bien définis, qui cristallisent tous des attentes :

  • Être une professionnelle reconnue.

  • Une mère aimante.

  • Une compagne investie.

  • Une femme compétente.

Cette période est souvent marquée par une multitude de preuves à apporter. Aux autres, bien sûr. Mais aussi à soi-même. Nous poursuivons une certaine idée de la réussite, persuadées qu'une fois certains objectifs atteints, nous nous sentirons enfin accomplies, confiantes, fières de nous.

La quarantaine inaugure souvent un changement de regard, de priorités et parfois même de direction.

Il ne s'agit plus seulement de savoir ce que l'on va faire de sa vie, mais de répondre à une question plus profonde :

Est-ce que la vie que je mène me ressemble vraiment ?

Au fil des années, les femmes ajoutent des couches successives à leur identité : fille, conjointe, mère, manager, entrepreneure, aidante, dirigeante.

Elles investissent chacun de ces rôles avec un niveau d'engagement, de loyauté et de générosité remarquable.

Mais il arrive que ces rôles deviennent si présents qu'ils finissent par occuper tout l'espace. Comme si la femme disparaissait progressivement derrière les fonctions qu'elle exerce.

C'est l'une des grandes questions que j'explore dans mon travail : que se passe-t-il lorsque le rôle devient plus visible que la personne ?

Car les femmes que j'accompagne ne souffrent pas seulement de fatigue ou de surcharge mentale.

Elles souffrent souvent d'un éloignement d'elles-mêmes. D’une perte de lien avec ce qui fait qu’elles sont vraiment “elles-mêmes”.

Elles ont le sentiment que leur vie fonctionne, mais qu'elle ne les nourrit plus tout à fait. Elles avancent, accomplissent, organisent, prennent soin.

Mais quelque chose leur manque : une forme d'alignement, de complétude, d’unification intérieure, la sensation d'habiter pleinement leur propre existence.

Viktor Frankl, fondateur de la logothérapie, considérait que l'être humain est animé par une volonté de sens.

Je crois que cette question devient incontournable à partir de quarante ans.

Car le bonheur n'est pas la conséquence mécanique d'une addition de réussites.

Le bonheur apparaît lorsque nous avons le sentiment que notre vie exprime quelque chose de profondément vrai de nous-mêmes.

Lorsque nos choix, nos valeurs, nos talents, nos relations cessent de se contredire. Autrement dit, lorsque nous nous sentons à notre place.

Ce chemin n'a rien d'une évidence. Les neurosciences démontrent que notre cerveau privilégie spontanément la sécurité au changement. Il préfère le connu à l'inconnu, même lorsque ce connu ne nous rend plus pleinement heureuses.

C'est pourquoi cette période de vie est souvent traversée par des tensions intérieures :

  • L'envie de changer, mais la peur de décevoir.

  • L'envie de ralentir, mais la culpabilité.

  • L'envie de prendre sa place, mais la crainte d'être jugée égoïste.

  • L'envie d'être fidèle à soi-même, mais le poids des attentes extérieures.

Derrière ces tensions se cachent souvent ce que j'appelle des fidélités anciennes. Des règles que nous avons intégrées très tôt :

  • Sois forte.

  • Sois utile.

  • Sois raisonnable.

  • Sois irréprochable.

  • Ne dérange personne.

  • Pense aux autres avant toi.

Ces loyautés nous ont permis d'être aimée, reconnue ou valorisée. Mais elles peuvent devenir des enfermements lorsque la vie nous invite à autre chose !

C’est là que peut commencer le travail de discernement.

  • Qu'est-ce qui m'appartient réellement ?

  • Qu'est-ce que j'ai choisi ?

  • De quoi ai-j'ai hérité ?

Devenir soi n'est pas un acte de rébellion mais un acte de lucidité.

C'est reconnaître que certaines versions de nous-mêmes ont été nécessaires, sans pour autant nous condamner à être ce qui va nous définir éternellement.

C'est accepter que la fidélité à soi puisse parfois nous conduire à décevoir certaines attentes.

C'est comprendre qu'il existe une différence entre être aimée pour le rôle que l'on joue et être aimée pour ce que l'on est.

Je crois que c'est cela que beaucoup de femmes recherchent après quarante ans.

Moins de conformité, de performance, de rôles à tenir, pour faire de la place à davantage d'alignement, de liberté intérieure, de fidélité à ce qu'elles considèrent comme essentiel.

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'est jamais trop tard pour entreprendre ce voyage.

Parce qu'à quarante ans, il reste encore beaucoup de vie devant soi.

Et surtout parce qu'il n'est jamais trop tard pour revenir vers soi.

Emilie Briand

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